CHLOÉ SILBANO

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AURÉOLE, PRATIQUER LE SYMBOLE
Huile sur toile, 95x63cm
2015

À l'origine on disposait des blocs de pierre ou de bois
sur les statues des saints, et ce pour leur éviter poussières,
déjections et autres salissures.
Cet outil pratique a été représenté par les peintres
et il est devenu une forme abstraite, symbolique.
L'époque n'est plus à la défense mais à l'attaque
avec, aujourd'hui, le pic à pigeon ; Auréole (pratiquer le symbole)

MARCHER DROIT
Performance,
2015

dans le cadre de 12POC (Proof Of Concept) en off de la COP21
à l'invitation de Frédérique Lecerf, Dans quelle vie tu monde(s)?
Galerie Rue Française, Paris

Davantage de peintures

 

Auréole, pratiquer le symbole, Les performances politiques par Matthieu Corradino

L’auréole est le signe d’élection des saints de l’Eglise. Elle est l’indice d’une vie intellectuelle et corporelle consacrée à Dieu, qui arrache le saint aux forces hostiles de la nature en l’élevant au ciel de la surnature. Dans la pratique architecturale du Haut Moyen Age, l’auréole qui était placée au-dessus de la tête des sculptures de saints ornant les façades des Eglises était représentée sous la forme d’un disque qui les protégeait des outrages de la nature : la pluie et les fientes d’oiseaux. Aux temps modernes, ces parapluies protecteurs sont complétés de pics anti-pigeons posés sur les saillies de ces sculptures, pendant les travaux de rénovation des anciennes Eglises. Nos statues des saints sont aujourd’hui sur-protégées.

Ne doit-on pas y voir un signe de notre époque ? Les temps de la modernité sont ceux de ce que Michel Foucault appelait la bio-politique : une gestion des hommes qui vise à libérer leur vie matérielle et intellectuelle des menaces de la Nature en forçant cette dernière, par des moyens techniques ingénieux, à desserrer l’emprise qu’elle exerce sur eux. Il ne s’agit plus de se protéger de la nature en se réfugiant dans la surnature, mais de d’affronter la nature sur son terrain. Nos temps sont ceux du « marcher droit » sur la nature et non de l’élan vers le Ciel.

Que deviendraient nos saints aujourd’hui dans cet appareil de sur-protection dont nous avons décidé d’entourer leurs représentations sculpturales ? Chloé S. tâche de le faire revêtir par l’actrice de sa performance. Aussi lui fait-elle porter sur la tête un abaque de bois, symbole de l’auréole-parapluie traditionnelle, et des pics à pigeons sur les bras. On la voit alors se raidir : la pression de l’abaque lui fait tendre le cou et les pics l’obligent à garder ses bras en suspens, loin du corps sous peine de se blesser. Son apparence perd la sérénité des saintes d’antan pour devenir presque agressive.

Dans la peinture qui résume la performance, l’actrice prend l’apparence d’une sainte moderne : d’une de ces femmes de science héroïques dévouée corps et âme à l’humanité. A l’image de Marie Curie, elle affronte la nature – représentée sous la forme d’un mur – à son corps défendant – hérissé de pics – afin de lui extorquer les secrets qui pourrait la rendre exploitable par l’homme. Son auréole prend alors la forme d’un bouclier de combat, d’un nimbe extériorisant les radiations lumineuses d’une activité intellectuelle intense dirigée tout entière contre la nature – et non plus vers la surnature, comme celle des saintes d’antan.